dimanche 25 janvier 2015

Les phobies

L'ablutophobie (la peur de se noyer)


   Imagine d'être capable de tenir ta respiration pour une durée qui t'es inconnue. Ce sentiment que la mort est proche, ce sentiment oppressant, angoissant. Ce sentiment qui, d'une minute à l'autre, finira par t'achever, t'anéantir. Tu sens que tu vas mourir, mais non. Pas maintenant.

  Cette fois, imagine d'avoir des souliers coulés en ciment. Imagine d'être balancé en bas d'un pont, ou d'être jeté dans un lac.

  Tu touches l'eau tiède chauffée par le soleil, cette eau qui est devenue ta pire ennemie. Tu remplis tes poumons d'une dernière bouffée d'air frais. Tu es maintenant complètement submergé. Plus tu descends, plus la noirceur envahit ton champ de vision, et plus l'eau devient d'un froid inconfortable et désagréable.

  Tu frappes finalement le fond, complètement affolé, et tentes désespérément de remonter, mais abandonne rapidement par cause de fatigue. C'est juste assez profond pour bloquer la lumière du jour, te laissant dans la noirceur totale, mais n'est pas assez profond pour que la pression ne t'écrase. Des choses n'arrêtent pas de t'effleurer et de te caresser, et tu te mets à frapper le vide infini car tu as la trouille. Tu as la trouille puisqu'il fait si sombre, tu ne vois pas ce qui te touche. Ça pourrait être une algue ou un poisson autant qu'un monstre marin toujours inconnu de la race humaine. Ou peut-être même d'autres corps sans vie qui sont morts de la même manière que tu t'apprêtes à mourir.

  Ta détresse est telle que tu souhaites être mort plus tôt. Tu souhaites que ton heure ait sonné plus tôt, et tu te perds dans tes pensées. Tu te revois lorsque tu avais six ans, quand ton père t'avais offert ta première bicyclette. Tu te souviens du jour où tes parents t'avaient donné un chiot pour ton anniversaire. Ton coeur chavire, se brise en un million de morceaux, mais tes poumons te ramènent à la réalité. Tu les sens se contracter à cause du manque d'air, ta poitrine se gonfle et se dégonfle car tu halètes involontairement pour de l'air. Tes oreilles sont lourdes et douloureuses à cause de la pression et de l'eau qui y est entrée.

  Tu as un dernier sentiment de tout, le sentiment d'être seul, le sentiment d'avoir froid, tu verses tes dernières larmes, et puis... bam.

 C'est fini, c'est finalement terminé. Finies les batailles vaines, finies les souffrances. Ton cadavre sans vie ondule doucement au gré du courant. Tu es maintenant libre.

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