Depuis que je suis né, j'ai un drôle de don: je peux voir les gens comme ils le sont vraiment, à l'intérieur d'eux-mêmes. Les gens blancs sont des bonnes personne et les personnes noires sont méchantes. J'ai rarement vu des gens complètement blancs et complètement noirs: je voyais plutôt des nuances de gris plus ou moins foncées.
Mes parents sont d'un blanc éclatant, ce qui est logique, puisqu'ils n'ont jamais fait quelque chose de mal. Tout a changé lorsque ma mère est morte. À ses funérailles, elle était toujours de ce blanc aveuglant, mais mon père, lui, était d'un noir abyssal.
Le Registre Sinistre
Là où vos pires cauchemars deviennent réalité.
lundi 9 février 2015
vendredi 30 janvier 2015
Les phobies
L'achulophobie (la peur du noir)
Tu es dans ton salon, confortablement installé sur le canapé. Tu écoutes ton émission préférée en mangeant du maïs soufflé beurré. Tu bois une gorgée de ta boisson gazeuse. Tes parents ne sont pas là; ils sont partis en souper en tête-à-tête. Tu n'as ni de frère, ni de sœur, donc tu es seul dans ta maison. L'obscurité a envahi le ciel nuageux et le vent froid siffle entre les branches d'arbres. Les quelques lampadaires éclairent pauvrement la rue sur laquelle ta maison a été bâtie, il y a de cela de nombreuses années.
Le générique de fin de ton émission préférée débute, et tu te dis que tu devrais aller te coucher. Il est minuit et demi et tu auras une grosse journée, le lendemain. Tu soulèves donc l'écran supérieur de ton ordinateur portable et vas sur plusieurs réseaux sociaux. Tu discutes avec ta meilleure amie, avec un copain qui vit à l'autre bout de la planète, tu te connectes sur ton blogue et écris quelques lignes pour démontrer à ta poignée de fans que tu es toujours en vie. Certains te répondent, sont contents de voir que tu es de retour. Tu as conversation avec eux un petit moment. Soudainement, un bruit, comme si quelqu'un avait cogné à la porte, te fait sursauter et stoppe ta discussion. Tu lèves la tête, intrigué, et te diriges vers la porte d'entrée, d'où t'as semblé venir le son. La lumière presque inexistante de la lune voilée de nuages et les lumières extérieures passent aux travers de la porte de vitre, éclairant ton passage. Personne. Une branche a du se briser et tomber sur le toit, après tout, il y a beaucoup de vent, te rassures-tu, un peu inquiet. Tu retournes à ton ordinateur, perplexe.
Après de nombreuses minutes de conversation, un second cognement se fait entendre. Tu vas voir, encore une fois, mais toujours personne. Quelque peu troublé, tu retournes à ton ordinateur, l'éteint et te rends à la cuisine pour déposer ton verre, à présent vide, et ton bol beurré dans le lave-vaisselle. Une fois cette chose faite, tu quittes la cuisine plongée dans le noir presque total et te déplaces jusqu'à la salle de bain qui se trouve pratiquement à côté de ta chambre. Tu attrapes ta brosse à dents, y déposes du dentifrice, coule de l'eau fraîche dessus et te nettoies les dents. Le son doux de l'eau qui cascade et de la friction entre les cheveux de ta brosse à dents contre tes dents couvrent le grincement de la porte d'entrée qui s'ouvre lentement, et se referme quelques secondes plus tard. Tu craches la mousse dans le lavabo, le rince et prends une goulée d'eau pour ensuite aller ouvrir la porte gris chaleureux de ta chambre. Tu appuies sur l'interrupteur et la luminosité de ton lampadaire jaillit de milles feux. Tu clignes des yeux quelques fois, puis ôtes tes vêtements pour te mettre en pyjama. Tu te balances sur ton lit confortable, te glisses sous tes couvertures et prends ton livre. Tu lis quelques pages, puis le lampadaire s'éteint. Étonné, tu te lèves et appuies plusieurs fois sur l'interrupteur, mais rien à faire. Tu vas donc fouiller dans le placard en face de la cuisine pour une nouvelle ampoule, mais n'en trouves pas une comme tu en as besoin. Tu rebrousses donc chemin, te disant que tu iras acheter de nouvelles ampoules adaptées à ta lampe demain.
Tu es à présent couché, au chaud, sous tes couvertures. Tu écoutes les sifflotements du vent, dehors. Comme il vente fort! Il vente tellement fort qu'une grosse branche se casse et tombe sur le toit. En tout cas, c'est ce que tu as cru. Tu sursautes. Tu commences à stresser, mais te rassures. Voyons! ce n'est qu'une branche! te dis-tu, mais tu ne peux pas ignorer l'angoisse grandissante. Ta gorge se serre et ton visage picote, comme s'il manque de sang. Tu vois du coin de to oeil le miroir qui est à ta gauche, qui reflète la fenêtre, en face. Le rideau rouge semble bouger furtivement, comme si un courant d'air l'agitait. Tu tournes brusquement la tête vers ta fenêtre, mais le rideau est immobile. Tu le scrutes attentivement, comme si quelque chose est anormal. Tu approches à peine ta tête qu'on cogne très fort à ta fenêtre. Tu lâches un cri, le coeur palpitant, en te dégageant de tes couvertures. Tu cours jusqu'au téléphone sans fil, à quelque part dans le salon. Tu appuies sur l'interrupteur, mais aucune lumière ne s'allume. Tu paniques, tu presses beaucoup trop de fois sur l'interrupteur dans l'espoir de voir de la lumière, mais rien à faire. Tu réalises l'inutilité de la chose et te mets à chercher le téléphone, sans lumière pour te guider. Tu cherches à tâtons le salon dans tous les recoins, mais toujours aucun téléphone. Tu trouves soudainement une idée. Ton ordinateur produit de la lumière! Tu te jettes alors dessus et soulèves l'écran supérieur. Tu pousses le bouton de démarrage. Tout ton espoir s'évapore d'un seul coup. Même ton ordinateur ne fonctionne plus! Mais que se passe t-il? Les larmes s'accumulent, ta gorge se serre de plus en plus. Tu dois trouver le téléphone, appeler la police, tes parents, ou les deux, tenter quelque chose! Le problème est que tu ne le trouves pas, ce damné téléphone! Mais où est... Tes questionnements sont stoppés par une sonnerie. Le téléphone sonne. Fou de joie, tu cherches la provenance du tintement. Tu cours vers le tintement, soulagé, et trouves finalement l'objet que tu prisais tant. Tu réponds en espérant que ce soit ta mère. En guise de réponse, un long silence déroutant.
Tu t'apprêtais à raccrocher quand quelqu'un chuchote d'une voix caverneuse: «Dans le noir, les ombres sont affranchies», suivi d'un déclic, puis d'un son à intervalles réguliers. Désorienté, tu composes le numéro de téléphone de la police. Tu presses le bouton correspondant à appeler, mais il ne se passe rien. Aucun bruit ne sort. Juste le silence. Le téléphone ne fonctionne pas! C'est impossible, te convaincs-tu, quelqu'un vient tout juste d'appeler, ce n'est pas possible! Tu ne pourras plus retenir tes sanglots bien longtemps. Ta gorge se serre de plus en plus et ton rythme respiratoire et cardiaque deviennent fous. Tu sprintes vers la porte arrière de ta maison et essaies de l'ouvrir, mais elle semble être bloquée. Comme dernier espoir, tu te diriges à toute vitesse vers la porte d'entrée, mais elle s'est aussi avérée obstruée par un objet que tu ne vois pas. Tu t'adosses sur la porte vitrée et glisse tranquillement jusqu'à ce que tes fesses touchent le sol. Tu ne peux plus te retenir, tu ne peux plus... et tu exploses. Des larmes de perplexité et d'angoisse perlent sur tes joues, ton cœur, lui aussi, a peur, il bat trop vite, et tu n'arrêtes pas de hoqueter. Tu pleures, tu pleures, tu ne sais plus quoi faire! Mais comme c'est plaisant de te voir, aussi vulnérable et aussi perturbé! Comme c'est délectable! Et toi, tu es en train de paniquer, de plus en plus, tu respires plus vite, trop vite, ta gorge se serre... Et ça cogne très fort sur la porte derrière toi. Tu cries, tétanisé, et prends tes jambes à ton cou. Tu cours vers ta chambre. Tu claques violemment la porte et la verrouille. Comme ça, cette personne ne pourra rentrer, t'assures-tu. Mais il n'y a aucune cachette, dans ta chambre! Tu ne peux te cacher sous ton lit ou dans ton placard! Tu t'assoies donc sur ton lit, qui est accoté sur le mur du fond. La pièce dans laquelle tu te trouves est plongée dans le noir quasi total. Bien évidemment, tes yeux se sont adaptés à la noirceur, donc tu peux voir assez bien. Le vent est toujours aussi puissant, produisant des sons qui te glacent le sang. Mais ce qui t'effraies le plus, ce sont les bruits de pas, dans le couloir. Ton cœur bat vraiment fort, tu commences à croire qu'il va sortir de ta poitrine. Tu ne peux t'arrêter de verser des larmes affolées. Les pas se rapprochent de plus en plus, puis s'arrêtent. Tu retiens ton souffle, tentant désespérément de ne pas faire de bruit. Peut-être ne t'a-t'il pas entendu te diriger dans ta chambre? peut-être ne sait-il pas où tu te caches? Tu commences à croire qu'il ne sait effectivement pas où tu es, jusqu'à ce que ta porte de chambre s'ouvre, tranquillement. Tu reprends ton souffle, te disant que tu as perdu. Tu vas mourir, et tu le sais! Mais tu constates que personne ne se tient debout, devant ta porte ouverte. Il n'y a que le silence de marbre et la noirceur profonde. Désorienté, tu regardes droit devant toi. Un autre bruit de pas se fait entendre, suivi d'un second, puis ta porte de chambre se claque. Tu es maintenant retenu prisonnier dans ta propre chambre à coucher. Le gros problème, c'est que tu ne peux voir ton assaillant. Puis tu te rappelles. L'appel téléphonique, plus tôt. Dans le noir, les ombres sont affranchies.
Un autre cognement se fait entendre, beaucoup plus doux que les premiers, sur ta fenêtre. Tu remarques que ton rideau a bougé légèrement. Un second cognement retentit juste à côté de ton oreille droite. Tu sursautes et tentes de te lever, pour t'enfuir, mais il est déjà trop tard. Tu n'es pas capable de bouger, ton agresseur invisible te maintient immobile et assiste à ton petit spectacle apeuré. Tu sens soudainement quelque chose essayer d'ouvrir ta bouche. Tu la gardes fermée, tu serres les mâchoires le plus possible, mais l'ombre malfaisante est beaucoup plus puissante que ta petite personne! Elle ne fait que jouer avec toi, elle se marre de ton impuissance, de ta situation si cocasse! Ta mâchoire inférieure s'ouvre peu à peu, et toi, tu serres plus fort, mais rien à faire. Elle s'ouvre de plus en plus, même que la commissure de tes lèvres commence à se fendre. Tu hurles, non seulement de douleur, mais également de désespoir, de peur et de tristesse. Tu sens une brûlure vive dans ta bouche qui descend le long de ton pharynx, lentement. Ça descend toujours, atteignant l’œsophage, puis l'estomac. Tu pleures toujours autant, impuissant. La brûlure se propage dans ton organisme, se fraie dans tes veines, tes artères, tes organes. La brûlure approche dangereusement de ton cerveau. Tu sens soudainement la chose qui était dans ta bouche se retirer violemment, une brûlure au cerveau, puis le repos éternel. Tu n'as plus d'âme. L'ombre, repue, s'en va, et la lumière de ta chambre s'allume d'elle même, et toutes celles de ta maison également. Tu es couché sur ton lit, sans vie.
Une heure plus tard, tes parents reviennent, un peu saouls. Ils remarquent que tu as laissé toutes les lumières allumées, alors ils les ferment. Ta mère ouvre le porte de ta chambre pour te voir dormir paisiblement. Elle ferme la lumière de ta chambre et ferme ta porte sans avoir remarqué le sang sur ta couette rouge. Ce n'est que le lendemain qu'ils remarquent que tu ne te réveilles pas. Ils appellent donc la police. Les médecins n'ont jamais trouvé la cause de ton décès.
jeudi 29 janvier 2015
Les phobies
La psychophobie (la peur des malades mentaux)
/!\ Attention: cette creepypasta contient du contenu pouvant heurter la sensibilité des certains lecteurs. Lire à vos propres risques. /!\
Tes amis et toi, vous vous rendez à la bâtisse abandonnée, comme prévu. La nuit est déjà tombée depuis peu. Le vent souffle doucement sur vous et sur votre alentour, provoquant de petits bruits quelconques. La température est agréable. Vous êtes cinq: Anne, Ludovic, Nicolas, Violette et toi. Ludovic se sort une cigarette et te demande du feu, mais tu n'en as pas sur toi. En fait, tu n'en as jamais, puisque tu ne fumes pas. Tu es le seul de ton groupe à ne pas fumer, tu n'es pas capable d'en respirer la fumée, cela te fait tousser énormément. Il demande donc à Violette pour un briquet et lui passe le sien. Vous marchez tout en vous racontant des plaisanteries et en vous insultant amicalement, sacs à dos sur les épaules.
Après plusieurs minutes de marche, sur le sentier de gravier parsemé de branches mortes, le bâtiment déserté se dresse devant vous de toute sa splendeur, imposant. Vous êtes excités, vous aimez tant vivre des sensations fortes. Toi, tu te dis: «Est-ce que ça vaut la peine de s'aventurer dans un asile abandonné juste pour le plaisir?». Tu lances à ton groupe d'amis cette même question, mais ils l'ignorent complètement. Une fille s'approche de la porte d'entrée principale avec des pinces à métaux et en coupe la chaîne qui empêchait la porte de s'ouvrir. Vous pénétrez dans les lieux vidés de vies. Un couloir s'allonge devant vous et un cube, qui devait contenir une secrétaire, son téléphone et son ordinateur, se trouve à côté de l'entrée, finie par un autre corridor. Selon la légende de votre ville, des gens auraient été massacrés ici même, les patients de cet asile auraient été maltraités, bref, une légende urbaine dont vous vouliez vérifier la véracité. Tous tes amis et toi êtes dans l'ancienne salle d'attente. Les quelques chaises sont éparpillées un peu partout. Anne et Nicolas décident de rassembler les chaises en rond pour que vous puissiez vous asseoir. Ludovic propose une idée: vous pourriez allumer un feu et vous griller des guimauves, puisqu'il en a apportées. Tout le monde est d'accord et vous partez tous en mission: trouver du bois.
Une fois le feu allumé, bâtons en main, vous grillez vos guimauves et les dégustez. Le sac est presque vide. Tu prends une des rares guimauves restantes et la mange. Anne déclare qu'elle voudrait aller fumer dehors. Tout le monde la suit, ayant envie de boucaner. Tout le monde sauf toi, évidemment. Tout le monde est dehors, et toi, tu es tout seul à l'intérieur. Tu te lèves et fouilles dans le sac de guimauves et en prends la dernière. En la réchauffant sur les flammes du feu, tu écoutes les rires de tes amis, à l'extérieur. Tu tends l'oreille, un bruit attire ton attention. Il ressemble à un tintement. Tu te lèves brusquement et te mets à courir vers la porte. Tu tentes de l'ouvrir, mais des chaines t'en empêche. Tu cries à tes amis de te laisser sortir, mais ils refusent. Tu leur demandes s'ils ont barré un cadenas sur les chaines, et, malheureusement pour ta pauvre petite personne, ils répondent que oui. C'est alors que Nicolas s'écrie: «Oh merde! J'ai oublié la clé!». Une pression commence à peser sur ta poitrine et ta respiration s'accélère de plus en plus. Ce que tu ne sais pas, c'est qu'il te fait marcher. Il te joue un tour. Y a-t'il une autre issue, leur demandes-tu. Nicolas te dit qu'il va aller voir. Pendant son absence, tu demande s'ils ont les pinces à métaux en possession, et Violette te répond que non. Abattu, tu t'effondres sur le sol carrelé et ramènes tes genoux contre ta poitrine haletante et tu accotes ta tête sur tes rotules.
Ça fait plus de quarante minutes que tu attends Nicolas. Tu n'en peux plus. Même tes amis commencent à s'inquiéter. Tu te lèves et te diriges vers ton sac à dos. Tu l'agrippes et en sors la lampe de poche et l'allumes. En saluant tes amis imbéciles, tu marches vers le couloir sombre devant toi en balayant l'obscurité de ton faisceau lumineux. Tu discernes des papiers et des objets quelconques qui jonchent sur le sol, immobiles. Les murs sont d'un gris austère, ennuyeux. Les ampoules sont presque toutes éclatées, laissant sur le sol carrelé des morceaux de vitre dangereux. Plusieurs fils électriques pendent du plafond défoncé à divers endroits. Pas après pas, ton cœur se serre, ta respiration s'accélère, ton visage se crispe. Le silence absolu te déroute. Tu passes devant de nombreux couloirs et portes encombrés de meubles renversés. Après quelques secondes de marche, deux embranchements s'offrent à toi: à gauche ou tout droit en empruntant l'escalier. Tu crois soudainement entendre un cri étouffé, presque inaudible, à ta gauche. Tu te diriges donc vers l'escalier en te pressant. Quelques planches de bois entravent l'escalier. Rendu en haut, tu constates que tu te trouves dans un autre couloir, mais cette fois-ci, plus large, des feuilles, des lits et des médicaments jonchent par terre et de longues fenêtres décorent sobrement le mur devant toi. Tu t'approches d'une d'elles et jettes un coup d’œil: tu ne peux pas sauter en bas, tu te casserais les jambes à coup sûr. Vaguement déçu, tu te retournes et marches en direction d'une porte ouverte. Tu trébuches sur une chemise tachée d'un liquide sombre. Tu l'ignore et arrives devant la porte. Tu la pousses et éclaires la pièce de ta lampe de poche. Elle est vide. Enfin, il y a un lit renversé, des médicaments et une camisole de force par terre. Mais aussi une porte. Tu en tournes la poignée et elle s'ouvre. Tu pénètres dans la salle et remarque quelque chose, dans le coin de la pièce. En l'éclairant, tu te rends compte que c'est une personne, un homme. Horrifié, tu hésites entre t'enfuir ou lui demander de l'aide. Il est de dos et il tremble en émettant de petits gémissements gênés et effrayés. Les larmes te montent aux yeux, tu es trop terrifié pour faire quoi que ce soit, tu ne peux te décider. Tu émets un petit hoquet, ce qui alerte l'homme. Il se retourne lentement, le visage fou, et ancre son regard au tien. Tu commences à crier, doucement au début, puis prends les jambes à ton cou. Tu cours vers les escaliers et les dévales à toute vitesse. Rendu dans le couloir que tu as emprunté plus tôt, tu cries à tes amis de défoncer la porte, d'essayer de l'ouvrir, de tenter quelque chose! Mais personne ne te répond. Tu cries plus fort, mais toujours rien. C'est alors qu'une autre personne, encore une fois un homme, te bloque la route en hurlant des choses incompréhensibles et en s'approchant dangereusement de toi. Tu rebrousses chemin et tournes à gauche, au lieu de monter l'escalier. Tu sillonnes dans les nombreux couloirs, évites les obstacles qui se barrent la route jusqu'à en perdre haleine. À bout de forces et de souffle, tu t'abats par terre.
Quelques minutes passées, tu te remets sur pieds. Tu as trop couru n'importe où, et maintenant, tu ne sais plus où tu es. Tu te félicites à voix haute et te mets en marche. Tu tournes des coins, empruntes des embranchements, ouvres et fermes des portes, toujours aussi angoissé, et tu réussis enfin à te retrouver à l'entrée principale. Le feu est maintenant éteint. Tu éclaires les alentours de la porte. Tes yeux se mettent à s'agrandir de surprise. Les pinces à métaux! Elles étaient là tout ce temps! Tu étais assis presque à côté! Tu ris, te traite de con intergalactique et les attrapes. Tu ouvres la porte le plus possible, laissant visibles les chaines et la noirceur abyssale de l'extérieur, et accotes les lames sur une des mailles. Tu appuies fermement sur les poignées. Un craquement se fait entendre et tu passes ta main dans l'ouverture pour en retirer les chaines. Tu les enlèves enfin et ouvres la porte. Un long couloir se tient devant toi, aussi en désordre que les autres. Tu clignes des yeux une,deux, trois fois, mais le couloir est toujours là, intimidant. Tu cries, l'air grave et mélangé, tu ne comprends pas! Ce n'est pas possible! Il y avait l'extérieur, de l'autre côté de cette porte! Ce n'est... ce n'est pas... c'est impossible!..
N'ayant aucun autre choix, tu t'enfonces lentement dans cet asile infini, le visage mouillé de larmes. Ton cœur bat tellement fort! Tu ne portes presque plus attention à ton entourage, tu ne fais que te répéter que c'est impossible, que c'est impossible, impossible! Tu frappes ton pied contre un gros livre qui traîne par terre et tu t'effondres sur le sol. Ta tête se cogne contre le plancher, et ça fait tellement mal! Mais à la place de te relever et de poursuivre ton chemin, tu restes là, étendu de tout ton long, à pleurer à chaudes larmes, pendant plusieurs minutes, à hurler, à te demander pourquoi, pourquoi? Au bout d'une quinzaine de minutes, tu trouves la force de te remettre sur tes pieds et continuer à marcher. Une porte se pointe le bout du nez après quelques pas. Sur la peinture bleue foncé, du sang est étendu, formant un X. Tu tournes la poignée et pousses la porte. Tes yeux se posent sur une dizaine de personnes de sexes variés entourant une table sur laquelle une femme est attachée. C'est clairement une infirmière à cause de son uniforme rougi. Elle a un genou éclaté, les entrailles répandues sur la table et sur elle-même. Elle tourne son visage agonisant vers toi en te lançant des regards suppliants. Les bourreaux retournent leurs têtes et se mettent à rire, des rires de folie pure. Ils te toisent, le regard dément et paranoïaque et les mains pleines du sang de la femme. Certains se hâtent vers toi en criant ou en murmurant n'importe quoi, et quelques restent où ils sont. Tu te tournes pour déguerpir de là, mais une femme trop maigre te claque la porte au nez. Deux hommes t'attrapent par les bras, les yeux grands ouverts d'excitation, et toi, tu tentes de te libérer vainement. Tu distingues un homme vêtu d'une camisole de force qui se cogne la tête contre le mur en criant. Plusieurs mains se joignent aux quatre premières, et elles te couchent de force sur le plancher poussiéreux. Tu hurles à pleins poumons, les yeux inondés de chagrins. Un homme aux cheveux longs et sales s'approche de ton ventre voilé d'un chandail, couteau universel en main. Il lève ton pull de ses mains frêles et tremblantes en regardant les autres s'exciter. Tu secoues ta tête dans tous les sens, affolé, et t'aperçois que la jeune infirmière te regarde avec un mélange de compassion et de désespoir infini. Une douleur insoutenable t'arrache de ton occupation. Des rires et des gémissements satisfaits fusent de partout. La main armée du couteau taille ton abdomen, laissant au grand jour tes viscères. Une deuxième main se glisse en ton intérieur, jouant avec tes intestins, ludique. Ta gorge devient de plus en plus irritée et sèche, à force de hurler de la sorte. Tes persécuteurs se plaisent à te voir te tordre dans tous les sens en poussant des criailleries de supplication. Une troisième, une quatrième, une cinquième main se joignent à ce jeu. Certains pleurent, certains rient. Une femme ayant de nombreuses dents cassées vient vers toi, massue en main. Elle la soulève à bouts de bras et la laisse retomber lourdement sur ta cage thoracique qui se fracasse en plusieurs morceaux. La main munie du couteau universel lacère la fine peau recouvrant les restes de ta cage thoracique et fouine dedans. Plusieurs mains s'ajoutent. Une empoigne ton poumon gauche, l'autre ton œsophage. Et toi, tu souffres tellement... Tu ne peux même plus crier, tu n'en as plus la force, ton système respiratoire est maintenant bousillé. Une énième main saisit ton cœur, battant à toute vitesse, et tire. Toutes tes artères et tes veines se vident de leur sang. Toi, tu ne peux détacher ton regard de ce tunnel lumineux, malgré la douleur intensive. Un autre coup de massue s'abat sur ton crâne, qui éclate. Plusieurs mains jouent à présent avec ton cerveau éteint à jamais.
Maintenant, tu reposes dans le calme, à l'abri des supplices, paisible. Tes amis, pour leur part, te cherchent toujours, accompagnés de Nicolas, qui avait trébuché sur une branche, ralentissant son trajet. Ils ont déverrouillé le cadenas et sont toujours à ta recherche. Soudainement, ils entendent un rire, presque inaudible.
mercredi 28 janvier 2015
Les phobies
La claustrophobie (la peur des endroits restreints)
Tu es dans ton bureau monotone. Tu observes le babillard plein de papier tous aussi insignifiants sans grand intérêt. Le téléphone paisiblement posé sur ton bureau se met à sonner. Tu agrippes le combiné et réponds. Le client insatisfait se plaint d'une injustice quelconque, et tu tentes tant bien que mal de le rassurer que tu régleras son problème. Exaspéré, le client te raccroche au nez, ce qui te fais soupirer d'agacement. Tu regardes l'heure, qui est affichée au coin en bas à droite de ton moniteur d'ordinateur. Dix-sept heures quarante-huit. Il ne reste que douze longues minutes avant ta libération. Tu commences à ramasser tes affaires tranquillement et subtilement. Le téléphone sonne encore, et tu réponds.
Quelques minutes plus tard, tu te lèves, t'étires et attrapes ton manteau et ta valise. Tu te mets en route vers l'escalier. Tu contournes les autres qui se lèvent, eux aussi, pour partir. Tu tournes à droite, salues mentalement la distributrice d'eau, puis finalement prends à gauche pour t'engouffrer dans le corridor. Heureusement que tu avais déjà rangé tes affaires et esquivé toutes tes connaissances. Tu brûles d'envie de rentrer à la maison, de jouer avec tes enfants, d'embrasser ta douce moitié sur les lèvres. Tu n'as pas le temps de saluer toutes tes connaissances. Les escaliers et l'ascenseur se trouvent tous deux devant toi, mais lequel choisir? Tu tergiverses quelques secondes puis fais un choix. Tu appuies sur le bouton pointant vers le bas et patientes un instant. Pendant ton attente, une personne se joint à toi: Simon. Un homme que tu n'apprécies pas. Un homme orgueilleux, égocentriste et difficile, bref, un homme qui te répugne. Un doux tintement te replace à la réalité. Les portes de l'ascenseur coulissent et tu rentres à l'intérieur. Simon prends place lui aussi. Tu appuies sur le bouton rez-de-chaussée et demandes à l'autre si c'est là qu'il se rend. Il te répond par la positive. Tu t'adosses à la paroi du fond du monte-charge et sors ton téléphone intelligent.
Brusquement, l'élévateur s'arrête. Tu lèves la tête, l'air intrigué, et regarde ton partenaire. Il hausse les épaules et retourne à son téléphone. Mais pas toi. L'ascenseur ne se déplace toujours pas. Il ne peut pas s'être arrêté! Il ne peut pas être en panne! Pas aujourd'hui! Pourquoi ça t'arrive à toi? Le stress se fraye un chemin jusque dans ton coeur paniqué. Tu te jettes sur le bouton d'urgence, sur le panneau de commandes. Tu appuies plusieurs fois dessus, trop de fois, jusqu'à l'enfoncer. Tu balances des plaintes, des «non» affolés. Simon te dévisage, amusé. Il te dit que ça va se régler, que tu n'as pas besoin d'en faire tout un plat en levant les yeux, signe d'agacement. Tu le toise et lui demande: «tu n'as pas peur?» et lui, d'un mouvement de bravade, te réplique que non. Tu te sens ridicule et ressors ton téléphone intelligent. Évidemment, tu ne peux ignorer la peur qui est omniprésente. Tu regardes ton écran plusieurs minutes, mais l'ascenseur n'a toujours pas bougé. Une larme timide glisse le long de ton visage pour atterrir sur l'écran tactile de ton cellulaire. Ton coeur se sert et ton nez coule, ce qui te fait renifler. Simon te fait face et te rit au nez. Il se moque de toi, te traite de bébé, ce qui provoque plus de pleurs chez toi. Tu es en pleine crise de panique, et lui, tout ce qu'il trouve à faire, c'est de rire de toi? Tu t'assois par terre et te couche en respirant fort. Tu manques d'air, tu as besoin d'air frais, tu as besoin d'air frais! Mais l'autre con, il te ridiculise, il te dit que l'ascenseur ne va recommencer à fonctionner que dans plusieurs heures, que personne ne viendra à votre secours, et toi, tu pleures, la panique sert ton coeur et pèse sur ta poitrine essoufflée. Lui, il profite de ta vulnérabilité pour te rabaisser, pour te faire payer d'être son ennemi, pour te faire payer pour quelque chose que tu n'as jamais fait. Mais il s'en fout. Comme c'est plaisant de te voir aussi impuissant! Mais toi, tu ne fais que paniquer encore plus, tu réalises qu'il a raison: tu as enfoncé le bouton d'urgence, et il n'y a pas de téléphone dans l'ascenseur! Comment vas-tu pouvoir communiquer avec l'extérieur? Comment vas-tu appeler les secours? Comment vas-tu... Te traitant intérieurement d'idiot, tu attrapes ton téléphone, qui est sur le sol, et appuies sur l'application «appels». Tu commences à composer le numéro d'appel d'urgence, mais avant que tu ne parviennes à taper sur le dernier chiffre, Simon attrapes ton téléphone et l'éteint, pour te faire paniquer encore plus. Tu lui cries de te le redonner, que vous allez manquer d'air si vous ne faites rien, mais il ne t'écoute pas. Il dépose ton téléphone dans la poche à l'intérieur de son manteau, de sorte que tu ne peux aller le chercher, à moins que tu lui retires son manteau sans qu'il ne s'en aperçoive, ce qui semble presque impossible.
À bout de forces, tu t'effondres sur le sol froid. Que peux-tu faire d'autre que de pleurer ton sort? Tu vas crever là, et tu le sais! Tout est de ta faute, te dis-tu, tu vas mourir suite à un manque d'air, tout ça par ta faute. Et l'autre, qui s'amuse à te faire paniquer encore plus que tu ne l'est déjà... Tu vas peut-être te péter une crise cardiaque. Ça serait tout de même préférable de mourir comme ça que de manquer d'air jusqu'à ta mort.
Simon s'assoit sur le sol en soupirant. Il t'avoue qu'il croit que vous allez rester embarrés ici pour un bon moment. Tu lui réponds, entre deux hoquets, que s'il appelait les secours, vous pourriez vous en sortir, et il rétorque que ça serait trop facile. Mais à quoi joue-t-il? En fait, tu sais ce qu'il fait. Tu sais pourquoi il te torture ainsi: il aime assister à ta déchéance, il aime te voir t'écrouler, toi qui as toujours eu l'attention de ton patron, tu fais tellement du bon boulot! Tu es tellement parfait... Il peut enfin prendre revanche, ce salaud!
Une idée te vient en tête. Et si tu l'assassinais? Il te retient dans cet ascenseur contre ton précieuse... mais tu ne peux... tu ne peux pas. Non! Tu es toujours en crise de panique, tu peines à respirer proprement! Et c'est reparti, tu pleures, tu t'égosilles. L'espace est si restreint, tu te dis, et ça fait ton coeur battre plus fort. L'air commence à se faire chaud, tu étouffes, tu ne vois plus clair, tu respires plus fort, plus vite, plus d'air, plus... Tu te lèves sur tes pieds et lui sautes dessus. Tu te jettes à son cou, l'égorges, l'étouffes de toutes les forces qui te restent. Mais lui, il n'a pas fait une crise de panique. Il a encore de l'énergie. Il te repousse sur le dos, et toi, le coeur battant à t'en défoncer la cage thoracique, tu paniques, ne sais plus quoi faire, tu ne t'attendais pas à ce revirement de situation. Il agrippe ta gorge et la serre très fort, trop fort. Tu manques d'air, tu ne peux plus respirer, tu ne peux plus respirer... Un éclair te traverse et tu repousse ton assaillant avec une force inconnue et lui serre le cou. Tu reprends ton souffle en serrant, et il se débat, il tente de se libérer, mais toi, tu profites de l'air qui est maintenant tiens, tiens! De l'air qui t'appartient! Tu prends des bouffées d'air qui te sont presque orgasmiques, et tu serres, et tu respires... Tu remarques que Simon est immobile, mou. Tu lâches son cou, les mains douloureuses, et il ne bouge pas. Il ne bouge plus. Tu... tu as gagné. Tu as gagné! Tu détaches son manteau et plonges ta main dedans. Tu touches une poche avec quelque chose dedans. Ton téléphone. Tu fourres ta main dedans et prends ton téléphone chéri. Tu réalises que c'est le téléphone de ton ex-collègue, mais ce n'est pas grave. En fait, oui c'est grave. Très grave. Son téléphone est peut-être verrouillé. Tu demandes grâce au Bon Dieu et le mets en marche. Tu fais glisser ton doigt sur l'écran pour déverrouiller le téléphone, et il s'ouvre. Tu remercies le Grand Seigneur en versant des larmes de contentement et constates que l'écran affiches des messages text. C'est écrit: «Salut bb, je suis pris dans l'ascenseur, il a stoppé, et le mec à côté de moi flippes sa vie. Tu pourrais appeler les secours te plaît? et demande une ambulance, il ne va vraiment pas bien. Jtm xxx», suivi d'un autre text: «C'est bon, les secours sont en route. Reviens-moi en un seul morceau, s'il te plaît! Je t'aime! <3». Ce n'est pas possible. Les secours étaient en route depuis le début, et toi, comme un imbécile, tu croyais que... tu croyais qu'il ne ferait rien!
Tu hurles, dans l'ascenseur. Tu as tué un homme innocent. Innocent. Et toi, tu l'as... assassiné. Ton visage est inondé de larmes, parce que tu pleures comme un bébé. À cause de ton idiotie, une femme ne reverra jamais son homme. Tu te cognes la tête contre le mur métallique de la minuscule pièce. Tu frappes, frappes et frappes toujours, tu as tué un homme innocent, tu as tué un homme, tu as tué, tué tuétuétuétué-
Ton cadavre s'abat sur le sol parsemé de sang. De ton sang. Quelques minutes plus tard, l'ascenseur se remet en marche et les portes coulissent, laissant voir un spectacle morbide aux secouristes, aux ambulanciers, à la femme de Simon, et à ta douce moitié. Tous deux se jettent sur vos corps endormis en pleurant.
mardi 27 janvier 2015
Les phobies
La catharophobie (la peur des miroirs)
Tu es assise à même le sol, dans la chambre de ta meilleure amie Cloé. Vous écoutez un film d'horreur assez populaire. Tu prends une poignée de croustilles et l'enfonce dans ta bouche. Un bruit inattendu vous fait toutes deux sursauter. Vous riez bêtement et vous taisez. La soif commence peu à peu à se frayer un chemin vers ta bouche. Tu l'ignores au début, mais elle devient de plus en plus sèche. Tu te lèves donc en prévenant Cloé que tu allais boire de l'eau dans la salle de bain. Elle te demande si elle doit mettre le film en pause, mais tu répliques que ce n'en est pas la peine. Tu attrapes ton Iphone et te mets en marche vers la salle de bain. Tu traverses le long couloir à grandes enjambées, mais tu t'arrêtes un instant. Le long miroir, au fond du couloir,là-bas, te fixe, immobile. Tu reprends ta marche, puis tournes à gauche pour ouvrir la porte de la salle de bain. Tu entres et refermes la porte derrière toi. Le robinet de métal propre se trouve devant toi, mais il n'y a pas de tasse, ni de verre. Tu tournes donc la poignée et de l'eau fraîche coule doucement en déposant ton Iphone sur le comptoir. Tu te penches, rejoins tes mains ensembles pour retenir le plus d'eau et en avale une bonne lampée, puis deux. Tu relèves ta tête et poses ton regard sur ton double, juste devant toi. Le miroir qui se trouve devant toi reflète une image identique de ton corps. Tu sursautes en voyant un bouton sur ton front. Tu rapproches ton visage du miroir et l'éclate. Tu te diriges vers la porte et en tourne la poignée de porcelaine.
Tu t'engouffres dans le corridor mais te figes: le miroir qui était au bout du couloir n'est plus là. Tu t'approches de l'emplacement où était le miroir et observe la longue toile cadrée qui le remplace. Tu la frôles de tes doigts, tu l'observes. C'est une peinture bien étrange: elle représente une personne, grande, mince, de dos, avec des ombres qui l'entourent et un corridor qui ne finit pas. Tu rapproches ton visage de la toile, remarquant quelque chose. La personne tient quelque chose dans sa main droite, qui ressemble vaguement à un appareil électronique. Tu recules en comprenant de quoi il s'agit et te retournes pour voir un couloir qui n'est pas le couloir que tu avais emprunté il y a quelques minutes. Les murs sont des miroirs, le plafond et le plancher également, tous reflétant des milliards d'images jumelles de toi dans tous les angles. Tu cours dans la direction opposée du cadre, mais tu n'avances pas. En fait, si, tu avances, mais le bout du couloir n'est toujours pas là. Tu cours plus vite, plus vite, toujours plus vite, mais tu réalises que c'est inutile. Tu t'arrêtes donc, à bout de souffle, et te plies en deux pour respirer un peu. Tu vois ton reflet essoufflé reprendre son air, affolé. Une idée te vient soudainement en tête: tu pourrais envoyer un message à ton amie Cloé, qui doit se demander ce que tu fabriques. Tu ouvres tes deux mains, mais ton Iphone se s'y trouve pas. Tu te rappelles alors l'avoir laissé sur le comptoir de la salle de bain. Désespéré, tu rebrousses chemin en tentant d'ignorer tes reflets. Ils courent tous dans la même direction que toi, ils sont tous affolés. Sauf un. Mais toi, tu ne l'as pas remarqué, trop occupé à courir. Il ne court pas, il marche, mais il va à la même vitesse que les autres. Il a le visage et les cou tailladés et il pleure en silence, donc tu n'entends pas ses chagrins.
Un bruit te fait sursauter et te retourner. Tu aurais juré avoir entendu quelqu'un pleurer. Tu te retournes pour continuer, mais des ombres, des silhouettes par milliers parsèment les miroirs et te fixent. Tu hurles en te mets en boule, mais une sonnerie t'extirpe de ta torpeur. Un éclair d'espoir te donne la force de te remettre sur pieds et de trouver la provenance de la sonnerie de téléphone. Tu te tournes vers ta droite: le son vient de l'autre sens. Tu te tournes à ta gauche. Une réflexion de toi-même se dresse, imposante, devant toi. Cette réflexion a le visage et le cou tailladés et pleure doucement. Elle tient dans sa main ton téléphone, ta seule confiance. Ton double ouvre alors la bouche et articule: «Tout est terminé, maintenant. Tu es nôtre.» en levant un peu sa main retenant le cellulaire. Ta copie l'écrase en riant légèrement. Elle disparait, sous tes yeux.
Tu t'agenouilles face aux restes de ton Iphone, les yeux débordants de larmes. Tu empoignes les débris et les balance à bout de bars en hurlant de découragement. Tu te roule en boule en criant, en pleurant. Pendant un instant, tu réussis à oublier les ombres qui t'épient, à cause de ta désillusion. Tu te lèves et frappes l'un des miroirs sans réfléchir. Les ombres se mettent à s'égosiller, à gémir, à beugler et à cogner dans la paroi interne des murs. Tu frappes, et frappes, puis un bruit d'éclat t'arrête. Tu as brisé le mur sans fin. Tu dévisages les éclats à tes pieds, te disant que tu as gagné. Tu as gagné, tu n'arrêtes pas de te le répéter. Tu peux enfin sortir d'ici. Tu relèves ta tête et poses ton regard sur ton reflet dans le miroir qui se dresse, imperturbable, devant ta petite personne. Les silhouettes t'entourent. Tu te retournes et vérifies qu'elles sont bel et bien là. Tu paniques, ne sais plus quoi faire. Tu t'accroupis et agrippes un morceau de miroir et le serres sans t'en rendre compte, faisant couler du sang sur le sol. Tu toises ton reflet, puis les ombres, en criant. Tu es effrayé, tu ne sais plus quoi faire. Tu approches la pointe de l'éclat de miroir de ton visage crispé par l'effroi, et le poignardes. Tes larmes se mélangent au sang de ton visage meurtri. Tu coupes, tu mutiles en criant que jamais tu ne seras des leurs. Ton jumeau, imperturbable, te regarde. Tu hurles, tu hurles et déchires ton visage ensanglanté. Tu finis ton travail en te coupant la jugulaire. Ton corps inerte s'effondre sur le plancher. Ton calvaire est enfin terminé. Ton reflet, toujours debout, ricane: «Tu es nôtre.»
Cloé, alertée par des bruits étranges, se dirige vers le couloir menant à sa salle de bain. Elle te voit, étendu de tout ton long, le visage mutilé, et se met à hurler, à pleurer ta mort.
lundi 26 janvier 2015
Les phobies
La coulrophobie (la peur des clowns)
Tu te promènes dans un parc, seul. Tu aimes bien ça, marcher dans ce parc, tu trouves ça relaxant. Tu reconnais les bancs çà et là, tu connais leurs emplacements. Il fait nuit d'encre, le ciel sombre est parsemé de petits points lumineux. C'est le silence absolu, à part quelques bruissements de feuilles de temps en temps et des murmures du vent. La lune se dresse, si majestueuse, dans les cieux étoilés, éclairant ton chemin. Tu te mets alors à penser aux étoiles; pourquoi les voyons-nous alors qu'elles sont mortes depuis bien longtemps déjà? étaient-ce des soleils, ou des planètes comme la nôtre? Un bruissement te tire soudainement de tes rêveries. Tu te retournes, effrayé, mais constates avec soulagement que ce n'était que ton imagination. Tu poursuis ton chemin, mais diantre! un second bruit surgit de la nuit! Cette fois, tu continues de marcher, en pressant le pas, sans te retourner, le coeur qui bat la chamade. Subitement, un troisième, puis un quatrième bruit se rendent à tes oreilles, suivis d'un petit rire à peine audible. Affolé, tu te retournes pour voir, tapi dans l'obscurité nocturne, un être qui ressemble tout au plus à un clown. Il se met alors à rire joyeusement en s'approchant vers toi, mais toi, tu ne peux pas bouger. Pourquoi ne peux-tu pas bouger? Premièrement, parce que tu es paralysé d'effroi, mais ce n'en est pas la raison principale. Un deuxième être, lui aussi s'apparentant à un clown, te retiens, t'empêche de t'enfuir. Tu pleures en silence en observant le clown tranquillement se rapprocher de ton corps à présent sans défense.
Après ce qui t'a paru deux éternités, le clown te fait face. Il est là à te regarder, à quelques centimètres de ton visage horrifié. Tu sens son haleine fétide, son regard lourd qui te fusille, comme s'il brûle d'envie de mordre à pleines dents dans ta chair fraîche. Il hume ton odeur délectable en lâchant des rires qui se transforment peu à peu en cris de folie. Toi, vulnérable, tu ne peux que regarder tristement les événements, tu ne peux que le voir se rapprocher, crocs sorties, tandis que l'autre bouffon te brusque vers le sol. Tu ne peux que le voir avancer ses dents jaunies par le temps vers ta poitrine. Il saisit ton chandail de ses dents et en arrache une bonne partie en poussant des rires étouffés par le morceau de tissu qu'il tient entre ses deux mâchoires puissantes. Ta poitrine est maintenant nue, ce qui enjôle ton assaillant. Il lacère légèrement ta peau de ses canines, puis lèche le sang qui perle des tes déchirures. Tu cries, tu verses des larmes, mais à quoi bon?
Il commence donc à abaisser son visage maquillé grotesquement vers ton ventre, tout en zébrant ton tronc de blessures. Il descend toujours, jusqu'à dépasser ton ventre, il descend vers ta cuisse droite. Il déchire ton Jean bleu et mord à pleines dents ta jambe. Il mâche, il mâche ta chair en bouillie, et toi, oh toi! tu hurles, tu hurles à t'en sortir les poumons par la bouche, tu souffres tellement!
Le clown a maintenant dévoré la presque totalité de la partie visible de ta cuisse droite. Repu, il s'assoit sur le bas de ton ventre et sort un marteau de tu-ne-sais-où. Les yeux inondés de larmoiements, tu le supplies de t'épargner, mais lui, il lève son bras armé avec une lenteur infernale. Il pousse un dernier rire avant de se donner un élan, le marteau aboutissant dans ton crâne, pile dans l'oeil. Ton visage se détend, mais il est toujours imprégné de panique, de souffrance et de tristesse sans fond.
La douleur et les pleurs ont disparu. Ce coup violent s'est avéré être ta planche de salut.
dimanche 25 janvier 2015
Les phobies
L'ablutophobie (la peur de se noyer)
Cette fois, imagine d'avoir des souliers coulés en ciment. Imagine d'être balancé en bas d'un pont, ou d'être jeté dans un lac.
Tu touches l'eau tiède chauffée par le soleil, cette eau qui est devenue ta pire ennemie. Tu remplis tes poumons d'une dernière bouffée d'air frais. Tu es maintenant complètement submergé. Plus tu descends, plus la noirceur envahit ton champ de vision, et plus l'eau devient d'un froid inconfortable et désagréable.
Tu frappes finalement le fond, complètement affolé, et tentes désespérément de remonter, mais abandonne rapidement par cause de fatigue. C'est juste assez profond pour bloquer la lumière du jour, te laissant dans la noirceur totale, mais n'est pas assez profond pour que la pression ne t'écrase. Des choses n'arrêtent pas de t'effleurer et de te caresser, et tu te mets à frapper le vide infini car tu as la trouille. Tu as la trouille puisqu'il fait si sombre, tu ne vois pas ce qui te touche. Ça pourrait être une algue ou un poisson autant qu'un monstre marin toujours inconnu de la race humaine. Ou peut-être même d'autres corps sans vie qui sont morts de la même manière que tu t'apprêtes à mourir.
Ta détresse est telle que tu souhaites être mort plus tôt. Tu souhaites que ton heure ait sonné plus tôt, et tu te perds dans tes pensées. Tu te revois lorsque tu avais six ans, quand ton père t'avais offert ta première bicyclette. Tu te souviens du jour où tes parents t'avaient donné un chiot pour ton anniversaire. Ton coeur chavire, se brise en un million de morceaux, mais tes poumons te ramènent à la réalité. Tu les sens se contracter à cause du manque d'air, ta poitrine se gonfle et se dégonfle car tu halètes involontairement pour de l'air. Tes oreilles sont lourdes et douloureuses à cause de la pression et de l'eau qui y est entrée.
Tu as un dernier sentiment de tout, le sentiment d'être seul, le sentiment d'avoir froid, tu verses tes dernières larmes, et puis... bam.
C'est fini, c'est finalement terminé. Finies les batailles vaines, finies les souffrances. Ton cadavre sans vie ondule doucement au gré du courant. Tu es maintenant libre.
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