jeudi 29 janvier 2015

Les phobies



La psychophobie (la peur des malades mentaux)


/!\ Attention: cette creepypasta contient du contenu pouvant heurter la sensibilité des certains lecteurs. Lire à vos propres risques. /!\


  Tes amis et toi, vous vous rendez à la bâtisse abandonnée, comme prévu. La nuit est déjà tombée depuis peu. Le vent souffle doucement sur vous et sur votre alentour, provoquant de petits bruits quelconques. La température est agréable. Vous êtes cinq: Anne, Ludovic, Nicolas, Violette et toi. Ludovic se sort une cigarette et te demande du feu, mais tu n'en as pas sur toi. En fait, tu n'en as jamais, puisque tu ne fumes pas. Tu es le seul de ton groupe à ne pas fumer, tu n'es pas capable d'en respirer la fumée, cela te fait tousser énormément. Il demande donc à Violette pour un briquet et lui passe le sien. Vous marchez tout en vous racontant des plaisanteries et en vous insultant amicalement, sacs à dos sur les épaules.

  Après plusieurs minutes de marche, sur le sentier de gravier parsemé de branches mortes, le bâtiment déserté se dresse devant vous de toute sa splendeur, imposant. Vous êtes excités, vous aimez tant vivre des sensations fortes. Toi, tu te dis: «Est-ce que ça vaut la peine de s'aventurer dans un asile abandonné juste pour le plaisir?». Tu lances à ton groupe d'amis cette même question, mais ils l'ignorent complètement. Une fille s'approche de la porte d'entrée principale avec des pinces à métaux et en coupe la chaîne qui empêchait la porte de s'ouvrir. Vous pénétrez dans les lieux vidés de vies. Un couloir s'allonge devant vous et un cube, qui devait contenir une secrétaire, son téléphone et son ordinateur, se trouve à côté de l'entrée, finie par un autre corridor. Selon la légende de votre ville, des gens auraient été massacrés ici même, les patients de cet asile auraient été maltraités, bref, une légende urbaine dont vous vouliez vérifier la véracité. Tous tes amis et toi êtes dans l'ancienne salle d'attente. Les quelques chaises sont éparpillées un peu partout. Anne et Nicolas décident de rassembler les chaises en rond pour que vous puissiez vous asseoir. Ludovic propose une idée: vous pourriez allumer un feu et vous griller des guimauves, puisqu'il en a apportées. Tout le monde est d'accord et vous partez tous en mission: trouver du bois.

  Une fois le feu allumé, bâtons en main, vous grillez vos guimauves et les dégustez. Le sac est presque vide. Tu prends une des rares guimauves restantes et la mange. Anne déclare qu'elle voudrait aller fumer dehors. Tout le monde la suit, ayant envie de boucaner. Tout le monde sauf toi, évidemment. Tout le monde est dehors, et toi, tu es tout seul à l'intérieur. Tu te lèves et fouilles dans le sac de guimauves et en prends la dernière. En la réchauffant sur les flammes du feu, tu écoutes les rires de tes amis, à l'extérieur. Tu tends l'oreille, un bruit attire ton attention. Il ressemble à un tintement. Tu te lèves brusquement et te mets à courir vers la porte. Tu tentes de l'ouvrir, mais des chaines t'en empêche. Tu cries à tes amis de te laisser sortir, mais ils refusent. Tu leur demandes s'ils ont barré un cadenas sur les chaines, et, malheureusement pour ta pauvre petite personne, ils répondent que oui. C'est alors que Nicolas s'écrie: «Oh merde! J'ai oublié la clé!». Une pression commence à peser sur ta poitrine et ta respiration s'accélère de plus en plus. Ce que tu ne sais pas, c'est qu'il te fait marcher. Il te joue un tour. Y a-t'il une autre issue, leur demandes-tu. Nicolas te dit qu'il va aller voir. Pendant son absence, tu demande s'ils ont les pinces à métaux en possession, et Violette te répond que non. Abattu, tu t'effondres sur le sol carrelé et ramènes tes genoux contre ta poitrine haletante et tu accotes ta tête sur tes rotules.

  Ça fait plus de quarante minutes que tu attends Nicolas. Tu n'en peux plus. Même tes amis commencent à s'inquiéter. Tu te lèves et te diriges vers ton sac à dos. Tu l'agrippes et en sors la lampe de poche et l'allumes. En saluant tes amis imbéciles, tu marches vers le couloir sombre devant toi en balayant l'obscurité de ton faisceau lumineux. Tu discernes des papiers et des objets quelconques qui jonchent sur le sol, immobiles. Les murs sont d'un gris austère, ennuyeux. Les ampoules sont presque toutes éclatées, laissant sur le sol carrelé des morceaux de vitre dangereux. Plusieurs fils électriques pendent du plafond défoncé à divers endroits. Pas après pas, ton cœur se serre, ta respiration s'accélère, ton visage se crispe. Le silence absolu te déroute. Tu passes devant de nombreux couloirs et portes encombrés de meubles renversés. Après quelques secondes de marche, deux embranchements s'offrent à toi: à gauche ou tout droit en empruntant l'escalier. Tu crois soudainement entendre un cri étouffé, presque inaudible, à ta gauche. Tu te diriges donc vers l'escalier en te pressant. Quelques planches de bois entravent l'escalier. Rendu en haut, tu constates que tu te trouves dans un autre couloir, mais cette fois-ci, plus large, des feuilles, des lits et des médicaments jonchent  par terre et de longues fenêtres décorent sobrement le mur devant toi. Tu t'approches d'une d'elles et jettes un coup d’œil: tu ne peux pas sauter en bas, tu te casserais les jambes à coup sûr. Vaguement déçu, tu te retournes et marches en direction d'une porte ouverte. Tu trébuches sur une chemise tachée d'un liquide sombre. Tu l'ignore et arrives devant la porte. Tu la pousses et éclaires la pièce de ta lampe de poche. Elle est vide. Enfin, il y a un lit renversé, des médicaments et une camisole de force par terre. Mais aussi une porte. Tu en tournes la poignée et elle s'ouvre. Tu pénètres dans la salle et remarque quelque chose, dans le coin de la pièce. En l'éclairant, tu te rends compte que c'est une personne, un homme. Horrifié, tu hésites entre t'enfuir ou lui demander de l'aide. Il est de dos et il tremble en émettant de petits gémissements gênés et effrayés. Les larmes te montent aux yeux, tu es trop terrifié pour faire quoi que ce soit, tu ne peux te décider. Tu émets un petit hoquet, ce qui alerte l'homme. Il se retourne lentement, le visage fou, et ancre son regard au tien. Tu commences à crier, doucement au début, puis prends les jambes à ton cou. Tu cours vers les escaliers et les dévales à toute vitesse. Rendu dans le couloir que tu as emprunté plus tôt, tu cries à tes amis de défoncer la porte, d'essayer de l'ouvrir, de tenter quelque chose! Mais personne ne te répond. Tu cries plus fort, mais toujours rien. C'est alors qu'une autre personne, encore une fois un homme, te bloque la route en hurlant des choses incompréhensibles et en s'approchant dangereusement de toi. Tu rebrousses chemin et tournes à gauche, au lieu de monter l'escalier. Tu sillonnes dans les nombreux couloirs, évites les obstacles qui se barrent la route jusqu'à en perdre haleine. À bout de forces et de souffle, tu t'abats par terre.

  Quelques minutes passées, tu te remets sur pieds. Tu as trop couru n'importe où, et maintenant, tu ne sais plus où tu es. Tu te félicites à voix haute et te mets en marche. Tu tournes des coins, empruntes des embranchements, ouvres et fermes des portes, toujours aussi angoissé, et tu réussis enfin à te retrouver à l'entrée principale. Le feu est maintenant éteint. Tu éclaires les alentours de la porte. Tes yeux se mettent à s'agrandir de surprise. Les pinces à métaux! Elles étaient là tout ce temps! Tu étais assis presque à côté! Tu ris, te traite de con intergalactique et les attrapes. Tu ouvres la porte le plus possible, laissant visibles les chaines et la noirceur abyssale de l'extérieur, et accotes les lames sur une des mailles. Tu appuies fermement sur les poignées. Un craquement se fait entendre et tu passes ta main dans l'ouverture pour en retirer les chaines. Tu les enlèves enfin et ouvres la porte. Un long couloir se tient devant toi, aussi en désordre que les autres. Tu clignes des yeux une,deux, trois fois, mais le couloir est toujours là, intimidant. Tu cries, l'air grave et mélangé, tu ne comprends pas! Ce n'est pas possible! Il y avait l'extérieur, de l'autre côté de cette porte! Ce n'est... ce n'est pas... c'est impossible!..

  N'ayant aucun autre choix, tu t'enfonces lentement dans cet asile infini, le visage mouillé de larmes. Ton cœur bat tellement fort! Tu ne portes presque plus attention à ton entourage, tu ne fais que te répéter que c'est impossible, que c'est impossible, impossible! Tu frappes ton pied contre un gros livre qui traîne par terre et tu t'effondres sur le sol. Ta tête se cogne contre le plancher, et ça fait tellement mal! Mais à la place de te relever et de poursuivre ton chemin, tu restes là, étendu de tout ton long, à pleurer à chaudes larmes, pendant plusieurs minutes, à hurler, à te demander pourquoi, pourquoi? Au bout d'une quinzaine de minutes, tu trouves la force de te remettre sur tes pieds et continuer à marcher. Une porte se pointe le bout du nez après quelques pas. Sur la peinture bleue foncé, du sang est étendu, formant un X. Tu tournes la poignée et pousses la porte. Tes yeux se posent sur une dizaine de personnes de sexes variés entourant une table sur laquelle une femme est attachée. C'est clairement une infirmière à cause de son uniforme rougi. Elle a un genou éclaté, les entrailles répandues sur la table et sur elle-même. Elle tourne son visage agonisant vers toi en te lançant des regards suppliants. Les bourreaux retournent leurs têtes et se mettent à rire, des rires de folie pure. Ils te toisent, le regard dément et paranoïaque et les mains pleines du sang de la femme. Certains se hâtent vers toi en criant ou en murmurant n'importe quoi, et quelques restent où ils sont. Tu te tournes pour déguerpir de là, mais une femme trop maigre te claque la porte au nez. Deux hommes t'attrapent par les bras, les yeux grands ouverts d'excitation, et toi, tu tentes de te libérer vainement. Tu distingues un homme vêtu d'une camisole de force qui se cogne la tête contre le mur en criant. Plusieurs mains se joignent aux quatre premières, et elles te couchent de force sur le plancher poussiéreux. Tu hurles à pleins poumons, les yeux inondés de chagrins. Un homme aux cheveux longs et sales s'approche de ton ventre voilé d'un chandail, couteau universel en main. Il lève ton pull de ses mains frêles et tremblantes en regardant les autres s'exciter. Tu secoues ta tête dans tous les sens, affolé, et t'aperçois que la jeune infirmière te regarde avec un mélange de compassion et de désespoir infini. Une douleur insoutenable t'arrache de ton occupation. Des rires et des gémissements satisfaits fusent de partout. La main armée du couteau taille ton abdomen, laissant au grand jour tes viscères. Une deuxième main se glisse en ton intérieur, jouant avec tes intestins, ludique. Ta gorge devient de plus en plus irritée et sèche, à force de hurler de la sorte. Tes persécuteurs se plaisent à te voir te tordre dans tous les sens en poussant des criailleries de supplication. Une troisième, une quatrième, une cinquième main se joignent à ce jeu. Certains pleurent, certains rient. Une femme ayant de nombreuses dents cassées vient vers toi, massue en main. Elle la soulève à bouts de bras et la laisse retomber lourdement sur ta cage thoracique qui se fracasse en plusieurs morceaux. La main munie du couteau universel lacère la fine peau recouvrant les restes de ta cage thoracique et fouine dedans. Plusieurs mains s'ajoutent. Une empoigne ton poumon gauche, l'autre ton œsophage. Et toi, tu souffres tellement... Tu ne peux même plus crier, tu n'en as plus la force, ton système respiratoire est maintenant bousillé. Une énième main saisit ton cœur, battant à toute vitesse, et tire. Toutes tes artères et tes veines se vident de leur sang. Toi, tu ne peux détacher ton regard de ce tunnel lumineux, malgré la douleur intensive. Un autre coup de massue s'abat sur ton crâne, qui éclate. Plusieurs mains jouent à présent avec ton cerveau éteint à jamais.

  Maintenant, tu reposes dans le calme, à l'abri des supplices, paisible. Tes amis, pour leur part, te cherchent toujours, accompagnés de Nicolas, qui avait trébuché sur une branche, ralentissant son trajet. Ils ont déverrouillé le cadenas et sont toujours à ta recherche. Soudainement, ils entendent un rire, presque inaudible.

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